Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/246

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conseils assaisonnés de railleries qui auraient dû le piquer au vif, ni les reproches de sa mère désolée de ne plus le voir qu’à de rares intervalles, et très montée contre l’orpheline du boulevard Voltaire, ni les sages observations du père Gémozac, qui envisageait avec plus de sang-froid que sa femme cette situation nouvelle.

Homme d’affaires avant tout, ce grand industriel se disait que l’héritière de son associé aurait certainement, et avant peu, une grosse fortune, car les produits de l’invention Monistrol ne pouvaient que s’accroître, et donnaient déjà de superbes revenus. Et cette fortune, son fils unique, en épousant Camille, l’aurait tout entière après lui, au lieu d’être obligé de la partager avec une étrangère.

À d’autres points de vue, ce mariage ne lui déplaisait pas. M. Gémozac avait commencé par être ouvrier, et il ne tenait pas à voir Julien entrer dans une famille aristocratique. Il ne comprenait que les alliances entre égaux.

Mais, ce qu’il redoutait par dessus tout, c’était que Julien, exaspéré par les refus de Camille, ne se jetât à corps perdu dans des débordements de toute espèce. Il le soupçonnait même d’avoir déjà commencé, car le crédit qu’il lui avait ouvert était tellement dépassé, que le caissier s’était cru obligé d’avertir son patron.

La veille encore, Julien s’était fait remettre une somme de dix mille francs et il devait l’avoir perdue au jeu, car, épris comme il l’était, il ne l’avait certainement pas dissipée avec des drôlesses.

Il ne paraissait presque plus au déjeuner de midi, soit qu’il dormît après une nuit passée au baccarat, soit qu’il fût sorti de grand matin pour aller rôder autour de la maisonnette habitée par mademoiselle Monistrol.

Tant qu’à la fin, M. Gémozac jugea qu’il devait intervenir.