Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/247

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Il lui répugnait de traiter Julien comme un enfant qu’on met au pain sec, c’est-à-dire de lui couper les vivres en lui fermant sa caisse, et il comprenait que des sermons paternels ne toucheraient pas cet affolé. Mieux valait s’en prendre à la cause du mal et s’adresser à mademoiselle Monistrol, elle-même.

Elle ne venait plus chez lui, depuis qu’elle avait échangé des mots aigres avec sa femme ; il résolut d’aller chez elle et de la confesser à fond.

Il ne voulait pas croire qu’elle se conduisît mal, et il lui paraissait impossible qu’elle eût conçu de l’antipathie contre un garçon si bien partagé, sous tous les rapports. Il ne voyait, dans la sauvagerie qu’elle affichait, qu’un caprice de jeune fille. Il avait pu déjà juger son caractère de jeune fille. Il avait pu déjà juger son caractère original et indépendant. Peut-être aussi madame Gémozac l’avait-elle blessée dans son amour-propre. Il se faisait fort de la ramener par la douceur et de lui faire entendre raison.

Et d’ailleurs, pour d’autres motifs, il lui tardait d’avoir une explication avec elle.

Camille n’était pas majeure et il ne lui restait plus aucun parent. Il fallait donc de toute nécessité lui faire nommer un tuteur ou la faire émanciper et M. Gémozac pensait que l’émancipation était préférable. Mademoiselle Monistrol avait, dès à présent, d’importants intérêts à régler avec l’associé de son père, des actes à signer. Mieux valait la mettre en mesure d’administrer elle-même sa fortune. M. Gémozac voulait lui conseiller de prendre ce parti et lui offrir de se charger des démarches nécessaires.

N’était-ce pas d’ailleurs la meilleure manière de lui montrer qu’il ne prétendait point peser sur ses résolutions futures, ni influer sur le choix qu’elle ferait d’un mari ? Et