Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/251

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mit à regarder ce monsieur avec une attention presque impolie. Son fils lui avait bien dit que mademoiselle Monistrol recevait un jeune homme, mais il ne lui avait pas dit comment ce jeune homme s’appelait, quoiqu’il le sût parfaitement, Camille ne le lui ayant pas caché.

— Excusez-moi, monsieur, dit-il sans laisser à la jeune fille le temps de compléter la présentation ; n’êtes-vous pas de l’Aveyron ?

— Oui, monsieur… à qui ai-je l’honneur de parler ?

— Je suis Pierre Gémozac, et j’ai beaucoup connu votre père. Il était propriétaire de forges dans ce pays-là, et il me vendait du fer excellent. C’était un homme des plus honorables. Il est mort, m’a-t-on dit ?

— Il y a plusieurs années.

— J’avais su qu’il avait un fils, et je me suis toujours demandé pourquoi ce fils n’avait pas continué les affaires.

— La vocation me manquait complètement, tandis que j’avais un goût très vif pour les voyages. Ce goût, j’avais assez de fortune pour le satisfaire. Je suis parti pour l’Amérique où j’ai séjourné longtemps. Puis, j’ai été en Chine, au Japon. Et je ne suis rentré en France, tout récemment, qu’après avoir fait le tour du monde.

— Vous ne m’aviez jamais dit que vous étiez allé si loin, murmura Camille.

— Et moi j’étais bien mal renseigné, reprit M. Gémozac. Je croyais… pardonnez-moi ma franchise… je croyais que ce brave Menestreau s’était ruiné… et que son fils avait disparu.

— Mon père a en effet subi des revers, mais j’ai hérité de ma mère… et voyager n’est pas disparaître, répliqua sèchement Georges. Je suis, du reste, monsieur, très heureux de vous rencontrer… d’autant plus heureux que je me