Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/253

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— Je n’ai pas à l’approuver. M. de Menestreau est le fils d’un brave homme, et je ne doute pas que son père lui ait transmis ses sentiments. Mais il ne trouvera pas mauvais, je l’espère, que je demande des renseignements sur lui dans le département où il a passé sa première jeunesse.

À cette déclaration qui ressemblait un peu à une menace, Georges de Menestreau pinça les lèvres, mais il répondit avec un calme parfait :

— Vous ferez fort bien, monsieur, de vous renseigner. Je crois qu’on m’a un peu oublié dans mon pays, mais je me flatte de n’y avoir pas laissé de mauvais souvenirs.

— J’en suis persuadé, dit M. Gémozac qui pensait tout le contraire et qui se promettait bien d’écrire le jour même à ses correspondants de l’Aveyron.

Il se rappelait vaguement que Menestreau le père avait été ruiné par son fils et que ce fils avait fort mal tourné ; mais il s’était écoulé des années depuis la déconfiture du maître de forges, et M. Gémozac n’était pas sûr de la fidélité de sa mémoire.

Il avait le temps de s’informer avant que Camille prît un engagement irrévocable. On ne se marie pas sans se faire afficher à la mairie. Les formalités prennent au minimum une quinzaine de jours, et il n’en faut pas plus de quatre pour recevoir une réponse de Rodez ou de Decazeville.

— J’ai bien mal reconnu vos bontés, monsieur, reprit Camille, mais, je vous le jure, je suis profondément touchée de ce que vous faites pour moi. Dites bien à monsieur votre fils que si mon cœur eût été libre…

— Malheureusement il ne l’est pas, interrompit le père Gémozac, d’un ton légèrement ironique. Il faudra bien que Julien s’en console. Ce sera peut-être mieux ainsi.