Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/26

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tort de se lancer dans cette sotte aventure, et elle ne songeait plus qu’à rassurer son père.

L’explication n’avait eu pour témoins que l’ami de Gémozac et quelques gamins, car elle avait pris fin à trente pas de l’estrade, et à cette heure avancée, le vide s’était fait sur la place du Trône. La fée était entrée dans la baraque pour annoncer à Zig-Zag qu’on emmenait au poste la fille qui s’était permis de l’interpeller pendant ses exercices. Le sergent de ville s’en allait, les mains derrière le dos.

Camille entraîna son sauveur et les gamins se dispersèrent. Mais l’ami suivit et dit tout bas à Julien :

— C’est très joli de faire le Don Quichotte, mais n’oublie pas qu’on nous attend à minuit au café Anglais.

Pour toute réponse, Julien s’arrêta court, lui fit face et le présenta en ces termes :

— Mademoiselle, voici M. Alfred de Fresnay qui me prie de le nommer à vous et qui se met, comme moi, tout à vos ordres.

Camille s’inclina pour la forme et Alfred salua, en dissimulant assez mal une grimace de mécontentement.

Ce gentilhomme n’avait aucun goût pour les entreprises romanesques, et aux demoiselles persécutées, il préférait de beaucoup les horizontales de toute marque.

— Marchons, je vous en supplie, murmura la jeune fille.

Julien prit le pas accéléré et il eut le bon goût de ne pas engager une conversation qui n’aurait certes pas intéressé mademoiselle Monistrol dans un pareil moment.

Il est des cas où la politesse consiste à se taire.

Alfred marchait la tête basse, en pensant aux drôlesses