Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/265

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


l’animal, elle lui avait percé le mufle, au-dessous des yeux.

Si brave qu’on soit, on ne tire pas presque à bout portant sur un chien enragé sans éprouver quelque émotion, et la main du vaillant fiancé de mademoiselle Monistrol avait dû trembler.

Et chose étrange, au lieu de se retirer pour éviter les coups, Vigoureux, douloureusement blessé, redoublait d’efforts pour forcer le passage.

— Éloignez-vous, ma chère Camille, cria Menestreau en réarmant son revolver.

Camille ne bougea pas. Cet horrible spectacle la fascinait et elle n’en pouvait détacher ses yeux.

Menestreau fit feu une seconde fois et sans beaucoup plus de succès ; il creva l’œil du dogue, mais il ne parvint pas à l’abattre, et cette nouvelle blessure ne fit qu’exciter le monstre qui, d’une violente secousse, fit sauter le crochet mal attaché.

Le volet céda et Vigoureux vint rouler sur le sable de la cour.

Brigitte s’enfuit en criant, et Menestreau s’élança pour couvrir mademoiselle Monistrol, qui était restée, résolue à partager le sort de l’homme qu’elle aimait.

Il avait encore quatre balles dans son revolver, mais le chien n’était pas frappé à mort et il ne présentait plus sa tête comme une cible enchâssée dans le trou d’une planche.

Il s’était très vite remis sur ses pattes et il lui restait bien assez de force pour se jeter sur son bourreau, mais au lieu de bondir, il se traîna lentement vers lui en gémissant d’une façon lamentable.

M. de Menestreau, profitant de ce répit tout à fait inespéré,