Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/270

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


sans lui dire où il allait : broyer du noir probablement ; maudire la Hongrie et l’insensibilité de mademoiselle Monistrol.

Alfred prit une banque, sauta deux fois, et finit par regagner en pontant tout ce qu’il avait perdu en taillant.

Il rentra chez lui à cinq heures du matin, très satisfait de sa nuit et pas du tout inquiet du lendemain. Il se coucha, et il dormit d’un doux sommeil que charmèrent des songes agréables. Il rêva qu’il gagnait tout l’argent de M. Tergowitz ; que Stépana, repentante, lâchait ce seigneur équivoque et se prenait d’une belle passion pour lui, Fresnay ; il rêva même qu’il mettait la main sur l’assassin du père Monistrol et que la belle Camille, touchée par cet exploit, lui offrait son cœur et sa dot.

Malheureusement, il fut réveillé à neuf heures par son valet de chambre, qui avait ordre de ne jamais entrer avant midi chez son maître.

Alfred ouvrit un œil languissant, regarda la pendule, et accueillit par une bordée de jurons ce serviteur trop matinal. Il lui lança toutes les injures du nouveau et de l’ancien répertoire. Il l’appela brute, et s’il ne l’appela pas maraud, comme on fait à la Comédie-Française, ce fut uniquement parce que Jean n’aurait pas compris.

Mais Jean, accoutumé à ces sorties, ne se déferra point.

— C’est une dame qui demande M. le baron, dit-il tranquillement.

— Qu’elle aille au diable !

— Elle assure que M. le baron lui a donné rendez-vous.

— Ce n’est pas vrai. Je ne donne pas de rendez-vous à des heures pareilles.

Est-elle jolie, au moins ?