Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/28

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— Et moi, je ne suis pas rassuré du tout, dit Alfred entre ses dents. Cette maison m’a tout l’air d’un coupe-gorge.

Julien, en sa qualité de fumeur, était toujours pourvu d’allumettes. Il tira sa boîte, et quand il eut du feu, il avisa dans un coin, sur une tablette, un flambeau garni d’une bougie qu’il s’empressa d’allumer.

— Je vais passer le premier, mademoiselle, dit-il en s’armant du luminaire.

— Non, je veux vous montrer le chemin, répondit Camille.

— Mais, mademoiselle, le voleur a peut-être un complice, et s’il y a du danger, c’est à moi de marcher devant.

La jeune fille était déjà dans l’escalier. Les deux jeunes gens montèrent après elle et ils débouchèrent tous les trois dans la salle à manger, où le brigand au pouce crochu s’était embusqué avant d’assaillir Monistrol.

Les rideaux étaient retombés et leur cachaient le petit salon.

— Père !… es-tu là ? demanda Camille.

Rien ne bougea, Gémozac l’écarta doucement, souleva la portière et aperçut un homme étendu sur le plancher entre la table et la cheminée.

Camille aussi le vit, cet homme, et elle le reconnut.

— Ah ! s’écria-t-elle, il l’a tué !…

Et avant que Julien pût l’arrêter, elle se précipita sur le corps de son père.

Elle n’avait que trop bien deviné ; le malheureux inventeur ne donnait plus signe de vie. En le touchant elle sentit qu’il était déjà froid. Elle le prit dans ses bras et elle essaya de le relever, mais la force lui manqua. Elle jeta un faible cri et elle tomba évanouie, à côté du cadavre.

— Un assassinat ! c’est complet, grommela Fresnay, en reculant de trois pas. Dans quel guêpier nous as-tu fourrés ?