Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/283

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pas figuré aux Croisades, et les gantelets n’étaient pas pour elle un souvenir de famille. Les avait-elle volés dans un musée ? Et pourquoi les conservait-elle si précieusement ? Mystère ! toujours mystère !

En les examinant de très près, Fresnay reconnut qu’ils devaient être de fabrication moderne. L’acier avait le brillant du neuf, et, à l’intérieur, ils étaient doublés d’une peau fine et souple qui avait pris une teinte plus foncée aux places qui correspondaient aux articulations des doigts. Cela semblait indiquer qu’on les avait portés. Qui et dans quelles circonstances ? Un acteur, peut-être, au théâtre, en jouant un rôle casqué et cuirassé, dans un drame à grand spectacle. Mais comment se trouvaient-ils chez Stépanette ? Appartenaient-ils à Tergowitz ? Ce faux Hongrois avait dû mener une vie accidentée, et il avait bien pu être comédien.

Fresnay eut la fantaisie de les essayer, et il constata qu’ils étaient d’un usage très commode. Ils couvraient le poignet comme des gants à la Crispin ; il suffisait de presser un ressort pour les attacher solidement, et une fois fixés, ils ne gênaient en aucune façon les mouvements des doigts. Ils donnaient même plus de puissance à la main pour saisir les objets, par exemple pour tenir une épée ou un sabre.

— Ce sont peut-être des gants d’armes d’un nouveau modèle, se dit Alfred. J’ai bien envie de les emporter pour les montrer à mon armurier.

Et, comme justement Olga montait l’escalier, il les prit et il les fourra dans les poches de son pardessus.

— Monsieur est servi, dit-elle en faisant la révérence comme une soubrette de l’ancien répertoire.