Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/284

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


Elle montrait son museau bistré à la porte de la chambre, mais elle n’entrait pas.

— Qu’est-ce que tu dis de tout ça ? lui demanda Fresnay en lui indiquant du geste les robes et les écrins dispersés.

— Je vous avais prévenu que madame était partie comme une folle ; elle sait bien, du reste, que je ne toucherai pas à ses bijoux, mais j’aime autant ne pas en approcher. Le déjeuner sera froid, si monsieur ne descend pas tout de suite.

Fresnay pensa qu’il serait toujours temps de la questionner sur l’origine des gantelets, et il descendit.

Le couvert était mis dans la salle à manger de la comtesse et il charmait les yeux.

Sur une nappe d’une blancheur éblouissante, des crevettes roses et des radis rouges flanquaient une timbale où fumaient des œufs brouillés aux truffes. Comme plat sérieux, une assiette assortie de viandes froides, et pour dessert, un joli panier de fraises.

Dans une carafe de cristal, un vin couleur de topaze.

— Ah ! tu es expéditive, toi ! s’écria Fresnay. Mon valet de chambre aurait mis une heure à me confectionner un déjeuner comme celui-là.

— J’espère que monsieur va le trouver à son goût. Et quant au vin, c’est de ce Sauternes que monsieur a envoyé avant-hier à madame.

— Je ne m’attendais pas à en boire, mais puisqu’il est tiré… verse, ma fille, dit Alfred en attaquant les œufs.

Olga remplit le verre mousseline et resta debout, le poing sur la hanche, dans la pose classique d’une cantinière de théâtre. Il ne lui manquait que le tonnelet passé en bandoulière et le chapeau ciré incliné sur l’oreille.