Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/285

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— Tu es crânement gentille comme ça, reprit Fresnay, et tes œufs brouillés sont très réussis.

— Monsieur me flatte.

— Non, parole d’honneur ! Tu as un petit chic bohémien qui me plaît. Assieds-toi là, et causons.

Olga ne se fit pas trop prier pour prendre place à table. On voyait bien qu’elle ne craignait plus d’être surprise par sa maîtresse et qu’elle s’inquiétait peu de perdre sa place. Elle devinait sans doute que le baron en avait assez de madame de Lugos, et elle ne tenait pas à rester au service d’une femme abandonnée par le monsieur qui l’entretenait.

Peut-être même se flattait-elle de la remplacer, et les compliments que lui adressait Alfred ne contribuaient pas peu à l’entretenir dans cette illusion.

— Ah ! monsieur, dit-elle en soupirant, madame est bien coupable de se conduire comme elle le fait. Il faut qu’elle ait complètement perdu la tête, et je me demande comment monsieur va prendre cette nouvelle escapade.

— Ça dépend, répondit Fresnay après avoir ingurgité un second verre de Sauternes. J’ai la partie belle, puisqu’il ne tient qu’à moi de la lâcher, mais si elle voulait reconnaître ses torts et me dire la vraie vérité sur ce Tergowitz, je crois que je pardonnerais.

— Monsieur s’intéresse donc bien à cet homme-là ?

— Comme on s’intéresse aux tours d’un habile escamoteur. Je suis curieux de savoir qui il est, et comment finira la comédie qu’il joue.

— Si elle finit mal pour lui, elle ne finira pas bien pour madame. Ils sont brouillés pour le quart d’heure ; mais, avant la brouille, ils ont toujours été d’accord, et ils travaillaient ensemble.