Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/292

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au nez tout ce que je vous ai raconté sur elle et sur son amant.

— Je m’en garderai bien. Elle m’arracherait les yeux et je veux que nous rompions doucement. Elle y est décidée, je crois. Je ne lui ferai pas de reproches et je ne lui poserai pas de questions embarrassantes. Ce sera un divorce par consentement mutuel.

Mais elle n’est pas là, et je tiens à finir ce déjeuner cuisiné par tes blanches mains… car elles sont très blanches tes mains ! Fais-moi le plaisir de te rasseoir et de me tenir compagnie. Je n’aime pas manger seul.

Olga, tout à fait déridée, reprit sa place à table et s’empressa de remplir le verre du baron, qui lui dit :

— J’aime encore moins à boire seul. Verse-toi de ce Sauternes, ma belle, et trinque avec moi.

— Non, non, répondit en minaudant l’ex-somnambule, je ne suis encore qu’une femme de chambre…

— Raison de plus pour faire ton apprentissage de maîtresse en titre. Pas tant de façons ! je vais te servir. Tends ton verre.

Olga obéit. Fresnay versa, en l’observant du coin de l’œil, et en s’amusant, à part lui, de ses manèges.

Il pensait :

— Tu crois me tenir, et je tiens ta patronne. Dire que c’est moi qui pincerai l’assassin du père Monistrol et que je pourrais sommer mademoiselle Camille de m’accorder la récompense promise… sa main et sa dot !

Olga s’empressa de trinquer, en se penchant langoureusement vers Alfred ; mais au moment où leurs verres se choquaient, une voix leur cria :

— On s’amuse ici, à ce que je vois ! Vous ne m’attendiez pas… et j’arrive à propos.