Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/293

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Cette voix qu’ils reconnurent tous les deux fit sur Olga l’effet de la trompette du Jugement dernier. La pauvre fille se leva et recula jusqu’au fond du salon pour se dérober au courroux de sa maîtresse.

Mais Fresnay ne fut ni effrayé, ni même surpris. Il s’attendait presque à ce coup de théâtre et il le désirait.

Il resta donc assis et il vida tranquillement son verre jusqu’à la dernière goutte.

La comtesse écarta les rideaux et s’avança lentement jusqu’à la table en regardant Alfred avec des yeux qui étincelaient de colère.

— De quel droit vous permettez-vous d’agir ici comme si vous étiez chez vous ? lui demanda-t-elle d’un ton sec.

— Mais il me semble que je suis un peu chez moi, répliqua Fresnay en souriant.

— Je sais que la maison vous appartient, mais je l’habite, et je vous défends d’y mettre les pieds tant que j’y serai.

Quant à toi, drôlesse, reprit-elle en s’adressant à Olga, hors d’ici !… Je te chasse.

— Madame s’en repentira, répliqua la tireuse de cartes, tout en manœuvrant pour gagner la porte.

— Oh ! pas de menaces !… et tâche de marcher droit !… que je n’entende plus parler de toi, sinon… tu sais ce qui t’attend… je t’enverrai à l’ombre… tu n’auras pas besoin de chercher de logement… je t’en trouverai un.

— Il paraît que mademoiselle Olga n’a pas la conscience nette, pensa Fresnay, qui avait très bien compris cette allusion transparente à la maison centrale. Est-ce qu’elle aurait trempé dans l’assassinat du père Monistrol ?