Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/295

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— Vous le connaissez donc ?

— Oh ! parfaitement. Je l’ai vu avec vous au concert des Ambassadeurs et je l’ai rencontré dans l’escalier du Grand-Hôtel, le jour où je vous ai fait ma première visite.

D’ailleurs, le Polonais qui l’a amené à mon cercle l’a fait inscrire sous son nom de Tergowitz.

Je puis même vous annoncer une nouvelle qui ne vous fera pas de peine, puisque vous êtes intimement liée avec lui. Il vient de gagner au jeu une somme énorme.

— Qu’entendez-vous par énorme ?

— Oh ! tout est relatif… quinze ou vingt mille francs… peut-être trente mille… je n’ai pas compté avec lui… nous ne nous saluons pas… personne ne me l’a présenté et je doute qu’il me connaisse de vue.

— Pensez-vous qu’il revienne à ce cercle ?

— Je l’ignore absolument. Pourquoi cette question ?

— Parce que je le cherche.

— Vous le cherchez ! Vous ne savez donc pas où il demeure ?

— Si. Mais je suis allée chez lui, ce matin, et je ne l’ai pas trouvé. On n’a pas pu me dire s’il rentrerait. Or, il faut que je le voie aujourd’hui.

— Pour vous entendre avec lui sur l’heure du départ. Je conçois cela. Voulez-vous que je vous l’envoie, si je le rencontre ?

La comtesse tressaillit. Elle s’apercevait enfin que Fresnay se moquait d’elle. La colère l’avait aveuglée d’abord, mais ses yeux se dessillaient et elle commençait à croire qu’Olga avait livré le secret de ses relations avec le prétendu Hongrois.

— Vous poussez l’abnégation bien loin, dit-elle en cherchant à lire sur la physionomie de son amant.