Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/304

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montrait sur le quai, il s’achemina tout doucement vers l’île Saint-Louis, qu’il traversa dans toute sa longueur, et, par le pont Henri IV, il passa sur la rive droite.

Avant d’arriver à la place de la Bastille, il se retourna plus d’une fois, et il finit par se rassurer en constatant que personne n’était à ses trousses.

Il se disposait à gagner le boulevard Voltaire par la rue de la Roquette, lorsque, en passant près d’une station où aboutissent plusieurs lignes d’omnibus, il vit descendre de voiture une femme qui attira son attention. Il croyait la connaître et il ne pouvait pas se rappeler où il l’avait déjà rencontrée.

Ce qui le déroutait surtout, c’est qu’elle était mise avec élégance, et Georget n’avait jamais fréquenté de dames richement habillées.

Elle s’était arrêtée, en l’apercevant, et elle le regardait avec une persistance singulière. Elle se demandait évidemment : Où ai-je vu ce gamin-là ?

Enfin, elle s’approcha et elle lui dit à demi-voix :

— Est-ce que tu n’es pas Georget, le fils à Courapied ?

— Oui, madame, répondit l’enfant après avoir un peu hésité ; mais, moi, je ne sais pas qui vous êtes.

— Tu as pourtant grimpé assez souvent dans ma maringotte… et pas plus loin que l’année dernière, à la fête de Saint-Cloud…

— Oh ! je vous remets, maintenant… c’est vous qui disiez la bonne aventure avec un grand cornet…

— Justement, mon garçon ; mais je ne travaille plus dans cette partie-là.

— Ça se voit bien. Vous avez fait fortune ?

— Et toi pas, hein ? Tu n’as pas l’air calé. Où as-tu pris ces frusques-là ? Est-ce que tu t’es fait larbin ?