Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/305

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— Non… je cherche à gagner ma vie…

— Tu n’es donc plus avec ton père ?

— Mon père est mort.

— Pas possible ! La dernière fois que je l’ai vu, il se portait comme le Pont-Neuf, et il était gai comme un pinson. Seulement, des fois, il buvait un coup de trop, ça lui aura joué un mauvais tour.

— Non, madame, on l’a tué.

— Qu’est-ce que tu me contes là ? Qui l’a tué ?

— C’est Zig-Zag.

— Allons donc ! On l’aurait arrêté, et je l’ai encore vu hier. Et ta belle-mère, qu’est-ce qu’elle est devenue ?

— Amanda ?… elle s’est sauvée avec Zig-Zag, et elle l’a aidé à tuer papa. Et si vous savez où ils sont, vous devriez bien me le dire. Je les cherche.

— Pourquoi ?

— Pour les faire guillotiner tous les deux.

— Rien que ça ! comme tu y vas !… enfin, comment ont-ils tué Courapied ?

— Père courait après eux. Il voulait rattraper sa femme. Ils l’ont attiré dans une maison, là-bas, du côté de la route de la Révolte. J’étais avec lui… Nous sommes tombés dans une cave, par une trappe qu’ils avaient laissée ouverte exprès. Ils nous y ont enfermés, et nous y serions morts de faim… mais la cave était pleine de jambons et d’eau-de-vie… le feu a pris aux barriques et père a été brûlé. La preuve que c’est vrai, c’est que ç’a été dans tous les journaux.

Georget, avant de sortir du Dépôt, avait lu une feuille à un sou, introduite en fraude par un des détenus de la salle commune, et il y avait vu le récit de l’explosion de la plaine Saint-Denis.