Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/31

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côtés du cou. C’est une main de gorille… une main qui a trente centimètres d’envergure. Et quel pouce ! Il a écorché la peau et il est entré dans la chair.

— Crois, si tu veux, que c’est la griffe du diable, mais va chercher la police, répliqua Gémozac en poussant par les épaules son récalcitrant ami, qui céda, non sans demander :

— Pourquoi n’y vas-tu pas toi-même ?

— Parce que je ne veux pas laisser seule mademoiselle Monistrol dans l’état où elle est. Lorsqu’il y aura du monde ici, je partirai très volontiers, quitte à revenir demain avec ma mère, qui, certes, n’abandonnera pas l’orpheline. Mais, en attendant que les agents arrivent, j’ai le devoir de veiller sur elle.

Un cri partit du premier étage, un cri déchirant.

— Tu entends ! s’écria Julien. Elle vient d’être réveillée par une attaque de nerfs. Je remonte là-haut. Pars, te dis-je, et reviens vite. Je ne tiens pas à passer la nuit entre cette pauvre fille et un homme assassiné.

Fresnay descendit pendant que Gémozac courait au secours de Camille.

Ce n’était point un méchant garçon que ce Fresnay, mais il avait le défaut très parisien de ne rien prendre au sérieux. Monistrol et sa fille lui étaient indifférents, on l’attendait pour souper, et il répugnait à se mêler d’une affaire criminelle. Cependant, il avait promis à Julien d’avertir la police, et ne sachant où trouver un poste, il se dirigea vers la place du Trône.

Avant d’y arriver, il rencontra deux gardiens de la paix — celui qui avait failli arrêter Camille n’en était pas. Il leur dit qu’un meurtre venait d’être commis, tout près de là, dans une maison qu’il leur décrivit, et il