Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/315

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c’est-à-dire l’amour d’un homme qu’elle connaissait à peine et dont elle s’était éprise comme s’éprennent les jeunes filles qui ne savent rien de la vie.

Elle l’avait aimé tout d’un coup, dans un moment d’exaltation chevaleresque, et elle s’obstinait à prendre cet amour au sérieux ; mais elle commençait à comprendre vaguement qu’elle avait tort de lier pour toujours sa destinée à celle d’un beau cavalier dont le principal mérite était d’avoir rossé et mis en fuite deux chenapans.

Elle persistait pourtant et elle était prête à tenir l’imprudente promesse qu’elle lui avait faite de l’aller rejoindre à l’étranger et de l’épouser.

Et, plus crédule que jamais, elle n’attendait, pour la tenir, que les renseignements qu’il devait lui rapporter sur le sort de Georget.

Elle n’attendit pas longtemps. Moins de deux heures après avoir tué Vigoureux, M. de Menestreau reparut et la trouva seule dans le petit salon où son père était mort, étranglé par un assassin.

Il put y arriver sans que personne le vît, car Brigitte, vertement rabrouée par mademoiselle Monistrol, était allée aux provisions pour passer sa mauvaise humeur.

Camille l’accueillit avec moins d’empressement que de coutume. Elle n’avait pas le cœur à la joie et elle commença par s’informer de Courapied et de son fils.

— Les journaux se trompent toujours, lui dit d’un air dégagé M. de Menestreau. L’accident de la plaine Saint-Denis a bien eu lieu, à peu près comme ils le racontent, mais les victimes sont deux pauvres diables… un homme et un enfant… qui couchaient là, faute de domicile, et qui n’ont rien de commun avec les gens que vous cherchez… ils ont été surpris par l’explosion.