Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/317

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— M. Gémozac est un honnête homme, incapable de mentir, répondit la jeune fille. Je lui ai déclaré, devant vous, que j’étais résolue à vous épouser. Je vous ai juré d’être votre femme. Que voulez-vous de plus ?

— Je ne veux rien… Je n’ai pas le droit de vouloir… Mais je vous supplie de partir avec moi.

— Vous savez bien que c’est impossible ?

— Pourquoi ?… vous n’avez plus rien à démêler avec M. Gémozac, puisque vous êtes en possession de l’acte d’association qui assure votre indépendance.

Camille tressaillit. Cette insistance à mêler aux transports passionnés les questions d’intérêt la choquait. M. de Menestreau s’en aperçut et jugea que le moment était venu de recourir aux grands moyens.

— Partez avec moi, je vous le demande à genoux, dit-il en tombant aux pieds de Camille avec une grâce que lui eût enviée un jeune premier du Gymnase.

Mademoiselle Monistrol, surprise et presque effrayée, recula, mais il lui prit les mains et il se mit à les couvrir de baisers brûlants.

— Laissez-moi, cria-t-elle en se débattant.

Georges la tenait bien. Il se releva d’un bond, il la prit par la taille et il l’attira contre sa poitrine, malgré les efforts désespérés qu’elle faisait pour se défendre.

Tout à coup une main s’abattit sur l’épaule de M. de Menestreau et une voix lui cria :

— Face au parterre, mauvais gueux !

Il lâcha prise et il se retourna furieux, pendant que Camille, bouleversée, s’affaissait dans un fauteuil.

Elle avait eu le temps d’entrevoir une femme, et elle croyait rêver.