Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/47

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


gamins du quartier jouant à cache-cache parmi les baraques fermées et les boutiques encore couvertes de leurs enveloppes de toile grisé. Par ci, par là, une marchande arrangeant son étalage ; une danseuse de corde, affublée d’un vieux châle à carreaux, accroupie sur un escabeau et rapiéçant un maillot troué ; un hercule, en redingote usée, revenant du marché, un panier à la main.

C’est le moment où les artistes, qu’un public spécial applaudira le soir, redeviennent de simples mortels, faciles à approcher et toujours prêts à accepter une tournée sur le zinc du marchand de vins.

Camille savait cela pour avoir traversé une fois la place du Trône, depuis que la fête annuelle du pain d’épice était commencée, et elle comptait profiter de l’occasion pour se renseigner. Elle espérait même que le hasard de cette promenade la mettrait face à face avec le célèbre Zig-Zag, qu’elle le surprendrait en déshabillé et qu’elle le reconnaîtrait à ses mains. Il les cachait pour exécuter le fameux exercice intitulé : « tête en avant » mais lorsqu’il n’était plus en scène, il les montrait assurément, et on ne pouvait pas les confondre avec celles d’un autre clown. Il y avait surtout ce pouce monstrueux qui s’était, pour ainsi dire, imprimé en creux sur le cou du malheureux Monistrol ; ce pouce à l’existence duquel le juge d’instruction refusait de croire, prétendant que la jeune fille avait rêvé, ou que la peur, qui grossit les objets, lui avait troublé la vue.

Comment ce magistrat, en interrogeant le saltimbanque, n’avait-il pas remarqué le doigt crochu ? Camille n’y comprenait rien, mais elle se disait que Zig-Zag, rassuré par l’interrogatoire qui s’était terminé par un renvoi pur et simple, ne prenait sans doute plus la peine de se cacher,