Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/49

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


elle se rappela l’avoir vu paradant sur l’estrade. C’était le pitre qui était venu annoncer au public que Zig-Zag allait paraître. Mais il n’avait plus son air jovial et narquois ; ses gros yeux étaient devenus ternes comme des yeux d’aveugle : son dos s’était voûté, et sa physionomie niaise avait pris une expression mélancolique.

Il lui était évidemment arrivé quelque malheur et c’était un prétexte tout trouvé pour entrer en conversation avec lui.

La jeune fille s’approcha hardiment et le tira de ses rêveries en lui frappant sur l’épaule. Il ne l’avait pas entendue venir et il l’examina avec une mine ahurie qui le rendit encore plus grotesque.

Camille savait parler aux pauvres diables.

— Eh ! bien, mon brave, lui dit-elle, ça ne va donc pas comme vous voulez ?

— Pas seulement de quoi acheter du tabac, grommela-t-il en ôtant sa pipe et en secouant le fourneau vide.

— Si ce n’est que ça !

— Comment ! Si ce n’est que ça ! Vous en parlez à votre aise. Je voudrais vous y voir, si vous n’aviez rien dans le coco depuis hier et pas de tabac pour tromper la faim.

Et puis, d’abord, qu’est-ce que ça vous fait ?… je ne vous ai jamais vue et je ne suis pas en train de causer.

— Ça m’étonne que vous ne me reconnaissiez pas. Vous étiez pourtant là le soir où on m’a mise à la porte, sous prétexte que je troublais le spectacle. Vous ne vous rappelez pas que le sergent de ville voulait me conduire au poste ?

— Ah ! bah !… oui… je vous remets maintenant… Mais si vous ne m’aviez pas parlé, je n’aurais jamais deviné