Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/50

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que c’était vous… dame ! faut dire aussi que, l’autre jour, vous étiez habillée comme une pas grand-chose… tandis que ce matin vous avez l’air assez calée… Il n’y a rien qui vous change une femme comme la toilette.

Alors, comme ça, reprit le pitre qui regardait Camille en dessous, c’est vous qui couriez après Zig-Zag… sous prétexte qu’il venait de vous voler ? Eh ! ben, vous vous mettiez le doigt dans l’œil, vu que le curieux qui l’a interrogé n’a rien trouvé contre lui. C’est-il vrai seulement qu’on vous a pris des billets de mille ?

— Pas à moi ; à mon père… et le voleur l’a assassiné.

— Alors, c’est pas Zig-Zag. Il est bien canaille, mais il est trop lâche pour tuer un homme. Et puis, si c’était lui, il n’aurait pas pu mettre dedans le juge, le commissaire et tout le tremblement. Ils l’ont assez retourné, allez ! et ils nous ont assez embêtés. On a tout fouillé, nous et nos malles… ils ont mis la baraque sens dessus dessous… mais ils n’ont rien trouvé, et Zig-Zag a prouvé qu’il n’était pas sorti pendant la représentation. Mais vous, ma p’tite dame, vous pouvez vous flatter de nous avoir fait du tort.

— Aurait-on accusé quelqu’un de vos camarades ? demanda vivement Camille. Qu’on me mette en face de lui, et je déclarerai que je ne le reconnais pas.

— Oh ! on n’accuse personne. Il ne manquerait plus que ça ! Mais la troupe est en brindezingue. Nous avons été obligés de fermer, parce que nous ne faisions plus un sou. Le directeur a mis la clé sous la porte, le vieux filou, et voilà deux jours que je n’ai mangé la soupe.

— Vous la mangerez aujourd’hui, mon ami, dit la jeune fille en tirant une pièce de vingt francs de son porte-monnaie.