Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/51

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Le pitre la prit sans façon et l’empocha immédiatement.

— À la bonne heure ! s’écria-t-il ; vous avez bon cœur, vous. Le petit aura de quoi se mettre sous la dent.

Et deux grosses larmes roulèrent sur ses joues bouffies.

— Vous avez un enfant ? lui demanda Camille, avec intérêt.

— Oui… un mioche qui va sur ses treize ans et qui mord joliment au métier… vous avez dû le voir sur l’estrade… en paillasse… ah ! si je n’avais que moi à nourrir, je trouverais à travailler et si je ne trouvais pas, j’en serais quitte pour crever,… mais mon Georget !… il n’est pas accoutumé à se brosser le ventre.

— Et… votre femme ?

— Ma femme ! ricana le malheureux pitre. Elle s’est sauvée avec ce gueux de Zig-Zag.

— Quoi ! s’écria Camille, Zig-Zag, le clown que j’ai poursuivi jusqu’à la porte de votre baraque et que le juge n’a pas voulu arrêter !… il est parti ?

— Il a décampé avant-hier et il a emmené Amanda, dit le pitre d’un ton lamentable. Une coquine que j’avais ramassée sur un chemin où elle demandait l’aumône ! Elle me doit tout. Je lui ai appris à danser et à jongler sur un fil de fer… j’ai fait la bêtise de l’épouser, et trois ans après, elle me plante là pour suivre un gredin, qui ne vaut pas la corde pour le pendre.

— Comment a-t-elle pu abandonner son enfant ?

— Georget ? il n’est pas à elle, Dieu merci ! Je me suis marié deux fois, et si j’avais encore sa mère, je n’en serais pas où j’en suis. Elle s’est cassé les reins en travaillant à la foire de Guibray. En voilà une qui ne boudait