Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/55

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un emploi et je placerai votre fils dans une pension où on fera de lui un homme. Plus tard, je me chargerai de son avenir.

Courapied pleurait, mais, cette fois, c’était de joie.

— Ah ! madame, commença-t-il d’une voix entrecoupée, je…

— Appelez-moi mademoiselle, interrompit Camille. Je ne suis pas mariée, et, depuis la mort de mon père, je suis maîtresse de mes actions. C’est vous dire que personne ne me demandera compte de l’emploi que je ferai de mon argent. Maintenant, voici ce que j’attends de vous : d’abord, des renseignements sur ce bandit. Quel est son vrai nom ?

— Je ne l’ai jamais su. Amanda le sait peut-être, et encore je ne crois pas qu’il le lui ait confié.

— Mais il a pu le dire à des camarades.

— Il n’a pas de camarades. Il n’est pas du métier, ou du moins il n’en est que par occasion… et il a dû en faire bien d’autres avant de se mettre clown.

— Comment est-il entré dans la troupe ?

— Par hasard. Au commencement de l’année dernière, nous avions fait une tournée dans le Midi, du côté de Perpignan, et notre clown avait filé en Espagne, sans crier gare. Le patron lui cherchait un remplaçant, et il n’en trouvait pas… même que ça l’embêtait rudement, parce que, voyez-vous, mademoiselle, on a beau avoir de bons artistes, on ne fait pas d’argent sans un bon clown.

Voilà qu’un soir, nous campions dans un champ, au bord d’un petit bois… Il en sort un grand gars, habillé comme un monsieur, redingote noire et pantalon idem, mais tout ça râpé que ça faisait pitié. Qu’est-ce qu’il cherchait dans ce bois ? On ne m’ôtera pas de l’idée qu’il