Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/56

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attendait un passant pour le dévaliser. N’empêche qu’il se propose. Le patron lui rit au nez. Mais le v’là qui se met en bras de chemise, qui fourre ses deux mains dans la ceinture de son pantalon, et qu’il nous fait son fameux saut, tête en avant, sans préparation… comme ça, sur l’herbe. Nous en étions tous bleus… et je crois que c’est ce premier jour-là qu’il a donné dans l’œil à Amanda. On aurait parié qu’il était né dans la sciure de bois… c’est notre manière de dire : dans un cirque… eh bien ! pas du tout, ce n’était qu’un amateur, un fils de bonne famille.

— Un fils de famille ! répéta mademoiselle Monistrol stupéfaite.

— Oui, dit Courapied, en hochant la tête. C’est drôle, mais c’est comme ça. Il a touché deux mots de son histoire au patron, mais il l’a arrangée comme il a voulu… Il avait fait des bêtises… Ses parents lui avaient coupé les vivres… Il voulait tâter de la vie en plein air… Un tas de blagues, quoi !… Ça n’expliquait pas où il avait appris à sauter sur la tête… et crânement bien… sans compter un tas d’autres tours… Il n’y a pas trois clowns en France qui feraient ce qu’il fait… Il a dû travailler à l’étranger. Enfin, le patron l’a engagé et il ne s’en est pas repenti, car ce gueux de Zig-Zag lui a fait gagner de l’argent gros comme lui.

— Et depuis qu’il fait partie de votre troupe, vous n’avez jamais su qui il était ?… personne ne l’a reconnu ?

— Il n’y avait pas de danger. Il ne travaillait jamais devant le public qu’en habit d’arlequin, avec le masque.

— Mais enfin, vous avez vu sa figure, vous ?

— Oui, et je ne peux pas dire le contraire, il a une tête qui plaît aux femmes… Elles disent qu’il a l’air distingué…