Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/59

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déjà vu sur l’estrade où la méchante Amanda lui cinglait les jambes à coups de baguette. Il était charmant avec ses joues roses, ses cheveux blonds ébouriffés et son costume de paillasse, trop large et trop long pour sa taille. Il avait ouvert de grands yeux en apercevant la belle dame qui causait avec son père et il n’osait pas avancer.

Camille lui sourit pour l’encourager et Courapied lui cria :

— N’aie pas peur, mon garçon, et arrive ici. Qu’est-ce que tu portes là, dans ta musette ?

— Père, c’est pour ton déjeuner, dit timidement Georget. J’ai été à la pêche au pain d’épices et j’ai ramassé tout ce que j’ai trouvé de morceaux derrière les boutiques. Il y en a au moins deux livres.

— Gamin ! murmura le père en essuyant une larme… Ah ! tu en as, toi, de l’invention… Il savait que nous crevions de faim et il est parti, sans rien dire, pour chercher une pitance… c’est pas fameux, le pain d’épice, surtout quand il a traîné dans la poussière, mais ça nourrit tout de même… pas vrai, Georget ?

Camille, touchée de cette noire misère, prit le petit par la main et se pencha pour l’embrasser.

Il se laissa faire, mais il n’osait pas lever les yeux, quoiqu’il ne fût pas timide de son naturel. Il faisait tous les soirs la parade et même le boniment avec un aplomb extraordinaire ; seulement il n’était point accoutumé à être caressé par une dame bien habillée.

— Sais-tu lire ? lui demanda mademoiselle Monistrol.

— Oui, madame… et écrire aussi, répondit l’enfant.

— Tu as donc été à l’école ?

— Non, madame ; c’est maman qui m’a appris.

— C’est vrai, appuya Courapied. Elle en savait plus long que moi, ma pauvre défunte !…