Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/68

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lui apparaissait comme un vivant contraste avec toutes ces dévoyées qui n’étaient venues là que pour chercher fortune. Leurs manèges le dégoûtaient et ses nerfs se crispaient quand il les entendait rire à faux des plaisanteries stupides de leurs amis de rencontre.

Et il en était à se demander s’il ne ferait pas mieux de passer carrément et d’un seul saut dans le camp des bourgeoises.

Il dépendait de lui de prendre, pour y entrer, un chemin que mademoiselle Monistrol lui avait indiqué et qui lui plaisait, précisément parce qu’il n’était pas facile à suivre. Courir les aventures et braver des dangers pour conquérir la main d’une honnête fille, c’était plus tentant et plus neuf que de subventionner des drôlesses et même que de se laisser tranquillement marier par ses parents à quelque riche héritière.

Ces sages réflexions juraient avec les grimaces du comique de l’endroit, qui mimait, en ce moment, une chansonnette désopilante, et elles ennuyaient Fresnay, qui se mit à dire :

— Ah ! tu as le vin triste, toi ! Nous en sommes à notre troisième bouteille de Roederer, et tu n’as encore ouvert la bouche que pour boire. À la seconde, j’étais déjà gai comme un pinson. Maintenant, je commence à avoir envie de faire des bêtises.

— Moi pas, répliqua laconiquement Julien.

— Veux-tu parier cent francs que je grimpe sur l’estrade là-bas, et que je dégoise une romance ?

— Tu en es bien capable, mais on te mettrait au poste et je t’y laisserais… quand ce ne serait que pour t’apprendre à me lâcher comme tu l’as fait l’autre jour.

— Comment ! tu m’en veux encore ?… mais tu devrais