Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/69

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me remercier. Je t’ai laissé en tête-à-tête avec une personne qui t’avait donné dans l’œil…

— Et avec un homme assassiné !…

— Mon cher, j’avais promis à deux femmes charmantes de leur payer à souper… Or, je n’ai qu’une parole, et…

— Tais-toi !… Tu ne comprends rien… et tu ne seras jamais qu’un gommeux.

— Alors, tu crois que je n’ai pas de poésie dans l’âme ?… Eh ! bien, tu t’abuses, mon cher. J’aspire à me lancer dans de chevaleresques extravagances… j’ai soif d’inconnu… Oui, moi, Alfred de Fresnay, gentilhomme angevin, et sceptique de profession, je rêve un idéal… le diable, c’est que je ne le trouve pas… mais il me prend par moments des envies de me sacrifier pour une femme… une femme comme on n’en voit pas… Montre-m’en une qui en vaille la peine, et je me déclarerai prêt à la défendre envers et contre tous. Tu hausses les épaules ? Tu crois que je blague ?… C’est que tu ne me connais pas… J’ai des tendances romanesques… Tant pis pour toi si tu ne les as pas aperçues… des tendances cachées…

— Elles apparaissent surtout quand tu as bu.

— Et quand j’ai gagné au baccarat… mais tu n’as qu’à me mettre à l’épreuve…

— Tiens ! le voilà ton idéal, répliqua Gémozac, impatienté par ces propos d’ivrogne.

— Cette femme qui vient d’entrer ?… hé ! hé ! je ne dis pas non. Elle est superbe… et puis elle a un type étrange.

L’idéal en question était une grande diablesse bien plantée, qui ne ressemblait pas du tout aux créatures attablées sur la terrasse. Celles-là, brunes ou blondes, étaient toutes