Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/74

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


— Vous n’y êtes pas, monsieur ; mon guide n’est pas à mes gages. C’est un de mes compatriotes qui habite votre pays depuis dix ans et qui a été l’ami de mon père. Il s’est mis à ma disposition et nous sortons ensemble tous les jours. Ce soir, je pensais le trouver ici… il m’avait dit qu’il y dînerait.

— Et il vous a manqué de parole. C’est impardonnable. Mais vous n’y perdrez rien, car je le remplacerai avantageusement. Où faut-il vous conduire après le concert ? Parlez ! ne vous gênez pas ! Désirez-vous voir la bibine du père Lunette ?… La cité du Soleil ?… vulgairement appelée le Petit-Mazas… voulez-vous souper au tombeau des lapins, le restaurant préféré de messieurs les chiffonniers ?

— Tout cela doit être très intéressant, mais ce que j’ambitionne, c’est d’assister à une chasse à l’homme… des policiers traquant un assassin… comme dans les livres de Gaboriau.

— Cette femme est folle, pensa Julien.

— Je comprends ce désir, répondit imperturbablement Fresnay. Seulement, ces expéditions-là ne se font pas à jour fixe. Et d’abord, vous qui possédez si bien notre langue, vous devez connaître le proverbe : pour faire un civet, il faut un lièvre. Et les assassins, fort heureusement, sont plus rares que les lièvres.

— On ne s’en douterait pas, quand on lit vos journaux. Il n’y a pas de jour où ils ne racontent un crime nouveau. Le lendemain de mon arrivée à Paris, ils ne parlaient que de l’assassinat du boulevard… je ne me rappelle plus le nom… Ah ! du boulevard Voltaire…

— En effet, c’est tout récent… et c’est une affaire très curieuse…

Julien allongea sous la table un coup de pied à Fresnay, qui reprit sans se déconcerter :