Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/75

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— Je vous étonnerais bien, chère madame, si je vous disais que j’y ai été mêlé… et mon ami aussi…

— Vous, monsieur ! s’écria la dame en regardant Gémozac, qui aurait volontiers battu son camarade.

Fresnay se chargea de répondre.

— Mon Dieu, oui, dit-il, mon ami, Julien Gémozac, que j’ai l’honneur de vous présenter, a découvert le cadavre. Nous nous trouvions là, par hasard… et, ce qu’il y a de plus extraordinaire, c’est que Julien connaît beaucoup la fille du malheureux qu’on a étranglé.

— C’est vrai, murmura l’inconnue, le journal a dit qu’il avait une fille.

— Une très jolie personne, ma foi ! et toute jeune.

— Ah ! que je la plains ! je sais ce que c’est que de rester orpheline à l’âge où l’on entre dans la vie ! J’avais seize ans quand j’ai perdu mon père… et encore, moi, à sa mort, j’ai hérité d’une grande fortune, tandis que cette pauvre enfant se trouve sans doute dans la misère…

— Oh ! quant à cela, rassurez-vous, chère madame. Elle est riche.

— Vraiment ? demanda l’étrangère avec une vivacité qui surprit beaucoup Gémozac.

— Oui, répondit Fresnay, elle est très riche, et pourtant le père n’avait pas le sou. Il s’est trouvé qu’il avait inventé je ne sais quel appareil pour les machines à vapeur et que cette invention rapportera énormément d’argent à sa fille. Julien vous expliquera cela beaucoup mieux que moi, car son père était l’associé du défunt… il est maintenant l’associé de l’orpheline…

— Finiras-tu cette conversation stupide ? s’écria Julien, exaspéré par les bavardages intempestifs de son malencontreux camarade, qui semblait prendre à tâche de