Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/85

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— Ça prouve qu’en Hongrie on n’est pas jaloux. Chaque pays a ses mœurs. D’ailleurs, il ne s’en est pas tenu là, puisqu’il a envoyé sa carte à la comtesse.

— C’est à nous qu’il aurait dû la faire remettre, s’il avait du cœur.

— Tu juges bien légèrement ce digne M. Tergowitz… car enfin il n’est peut-être que l’ami de madame de Lugos. Et ce qui me le ferait croire, c’est que si elle était sa maîtresse, elle filerait avec lui… et les voilà qui s’installent côte à côte sur deux fauteuils de bois… Ils entament un dialogue vif et animé… C’est dommage que nous ne puissions pas entendre ce qu’ils se racontent… tu serais fixé… et moi aussi.

Fresnay ne croyait pas dire si juste, car la conversation qui venait de s’engager entre l’étrangère et son cavalier ne lui aurait laissé aucun doute sur la nature de leurs relations.

— Ne restons pas là, disait l’homme. Ils nous voient de là-haut.

— Je le sais bien, répondit la dame, mais je leur ai annoncé que j’allais te rejoindre au concert. Si nous partions tout de suite, nous aurions l’air de nous sauver. Pour bien jouer mon rôle, il faut au contraire que je reste à causer tranquillement avec toi.

— Alors, la blague a pris ? Qu’est-ce que tu leur as conté ?

— Que je suis la comtesse de Lugos, que je viens à Paris pour m’amuser et que je n’y connais personne, si ce n’est un de mes compatriotes, un noble hongrois, qui répond au nom de Tergowitz… c’est toi qui es Tergowitz.

— Et ils ont gobé l’histoire ?

— Ils ont fait semblant de la gober. C’est tout ce qu’il faut pour le moment.