Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/88

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de ta part ou de la mienne. Mais, partout ailleurs, nous n’aurons pas l’air de nous connaître.

— Mauvais !… les imbéciles qui dînent là-haut t’ont vu avec moi.

— Je m’arrangerai pour ne jamais les rencontrer. Du reste, je n’entends pas que tu ailles trop loin avec le gommeux que tu viens de lever. Tu le recevras, tu te laisseras faire la cour et tu t’arrangeras pour qu’il te tienne au courant des opérations de son ami Gémozac, qui va probablement se mettre en campagne pour plaire à la petite. Celle-là, je me charge de la surveiller.

— Bon ! mais pas de bêtises, mon cher. Si tu t’avisais de faire concurrence à ce Gémozac, il t’en cuirait. Je serais capable de te dénoncer. Je n’aime pas le partage, moi.

— N’aie pas peur. Nous sommes rivés, et quand nous nous retirerons des affaires, après fortune faite, nous irons vivre maritalement à l’étranger, en attendant que je puisse t’épouser. Mais, vois donc là-haut… Ils se lèvent et ils sont capables de descendre ici pour me regarder sous le nez. C’est le moment de filer.

— Pour aller où ?

— À la Grange-Rouge, parbleu ! C’est la dernière fois que nous y coucherons, mais tu sais bien que j’ai besoin de Vigoureux. Il doit être rentré depuis longtemps, et nous allons le trouver couché sur la boîte qu’il est allé me chercher à la baraque.

— Tu aurais mieux fait de la laisser, ta boîte. Vigoureux est malin, mais on peut le suivre.

— Qui ? La baraque est vide, puisque le patron a levé le pied. Et je n’avais pas envie d’abandonner au premier venu ce qu’il y a dans ma cassette. J’ai déjà assez regretté de l’avoir oubliée, dans la précipitation de notre