Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/91

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et il possédait ce qu’on nomme au théâtre le physique de l’emploi.

Georget avait très bon air sous la veste à boutons et la casquette galonnée d’un petit groom de restaurant.

Mais le déguisement le plus réussi était celui de Camille, vêtue en apprenti d’imprimerie, avec la longue blouse blanche, et coiffée d’un béret qui cachait entièrement ses beaux cheveux noirs, relevés, pour la circonstance, sur le sommet de la tête.

On eût dit qu’elle avait porté toute sa vie le costume masculin, et, comme elle était au moins aussi grande que Courapied, personne ne l’aurait prise pour une femme.

Brigitte n’en revenait pas de ce changement, et commençait à croire que, dans la rue, les gens s’y tromperaient.

Ce n’était pas qu’elle approuvât cette excursion nocturne, en compagnie d’un saltimbanque de profession et d’un gamin élevé sur les tréteaux. Elle avait au contraire prêché sa jeune maîtresse pour tâcher de la détourner de ce projet. Mais comme son éloquence n’y faisait rien, elle s’était résignée, fort à contrecœur, à souffrir ce qu’elle ne pouvait empêcher.

Cette ancienne nourrice était une robuste gaillarde, sèche et hâlée comme une paysanne, brave comme un vieux soldat et dévouée comme un caniche.

Elle avait d’abord assez mal reçu Courapied ; mais elle aimait les enfants, et Georget l’avait apprivoisée à ce point qu’elle s’était mise en quatre pour cuisiner un bon dîner, auquel le père et le fils avaient largement fait honneur.

Brigitte aurait même donné volontiers la pitance à Vigoureux,