Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/92

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mais pour qu’il la mangeât, il aurait fallu le démuseler, et Courapied s’y était opposé. Courapied, qui connaissait l’animal, affirmait que ce dogue féroce dévorerait quelqu’un aussitôt qu’il pourrait se servir de ses crocs, et il ne se trompait pas. Il avait eu déjà assez de peine à le mater et dût Vigoureux devenir enragé à force de privations, mieux valait ne pas lui délier la gueule.

Il était là, dans un coin de la cuisine, attaché par le cou à un des pieds massifs d’une énorme table, le mufle allongé sur ses pattes étendues, la boîte entre les dents, l’écume aux babines, grondant sourdement, et roulant des yeux injectés de sang. On voyait qu’il se sentait vaincu, mais qu’il attendait une occasion de prendre sa revanche, et en vérité il n’aurait fait qu’une bouchée de Georget.

— Nous sommes prêts, dit Camille. Il est temps de partir.

— Tu ferais bien mieux de rester, grommela Brigitte, qui avait gardé l’habitude de tutoyer la jeune fille qu’elle avait nourrie de son lait.

— D’autant plus, ajouta Courapied, que, nous deux Georget, nous ferions bien la besogne sans vous, mademoiselle. Je préférerais même la faire tout seul.

— Non, père, dit vivement Georget. Mademoiselle m’a permis d’en être et j’en serai.

— Nous en serons tous les trois, reprit d’un ton ferme mademoiselle Monistrol. S’il y a des dangers à courir, j’en veux ma part.

— Des dangers ? dit entre ses dents Courapied ; j’espère que non, puisqu’il ne s’agit que de découvrir où niche nette canaille de Zig-Zag. S’il fallait l’arrêter, ça serait une autre paire de manches. Il se défendrait, le gueux, et nous passerions un mauvais quart d’heure.