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MON ENCRIER

ses conseils ? Ah bien, vous vous trompez — et plutôt deux fois qu’une !

Que de fois un jeune député, encore nouveau dans la carrière et plein d’illusions, ne s’était-il pas proposé de traiter devant la Chambre un sujet qu’il aurait étudié à fond ! Il allait trouver M. Laurier pour lui confier son projet, comptant, malgré tout ce qu’on lui avait dit, sur une approbation. Invariablement le premier-ministre, avec des paroles paternelles et des gestes péremptoires, lui laissait entendre que mieux valait ne pas se fatiguer pour si peu ; que cela pouvait inutilement embarrasser le ministère, et qu’au surplus cette ardeur à faire autrement que les autres était de mauvais goût…

Après trois ou quatre de ces conversations, notre homme était complètement gelé. Il ne voyait plus dès lors dans la politique d’autre perspective que de toucher son traitement pour ne rien faire.

C’est là l’histoire de je ne sais combien de nos députés. Quelques-uns (l’exception) se donnent tout entiers, pour se consoler, à l’exercice de leur état. Les autres se jettent tête baissée dans la nicotine, et peu d’années après ils n’ont plus rien à envier à leurs collègues.

Voilà l’action de M. Laurier sur le groupe parlementaire canadien-français.

Depuis dix ans, il n’a pas eu d’autre objet que