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LE MÉDECIN MALGRÉ MOI

d’une indigestion ou d’une écorchure au genou, ce lui était tout un… L’auscultation rentrait pour lui dans la thérapeutique proprement dite, et volontiers il eût dit : Je l’auscultai, Dieu le guérit.

Chose remarquable, ce besoin d’ausculter, loin de s’apaiser, grandissait avec la surdité du docteur. Les jours où il n’entendait absolument rien, pas même avec son cornet, de véritables rages d’auscultation le prenaient. Un matin qu’il était plus sourd encore que la veille, je le vis ausculter l’Italien, qui souffrait, comme je vous l’ai conté, d’un bobo à la lèvre supérieure. Une autre fois (mais à cela je n’ose croire), on assure qu’il ausculta un détenu qui se plaignait de durillons au pied gauche. — Toujours sans l’aide d’aucun instrument, je crois vous l’avoir dit…

Serez-vous bien étonné si j’ajoute qu’il trouvait rarement à ses patients les maux dont ils se croyaient atteints ? — En revanche, et c’est là la merveille ! il leur découvrait continuellement toute sorte de maladies effroyables dont ils prétendaient n’avoir jamais souffert. C’est ainsi qu’il vous déclarait sans plus de cérémonie, si vous l’alliez consulter pour un mal de tête : « Vous, mon ami, j’ai votre affaire… J’ai vu cela tout de suite : vous êtes atteint d’une maladie de cœur qui vous emportera promptement. » C’est ainsi que certain jour il disait à un dyspep-