Page:Fournier - Mon encrier (recueil posthume d'études et d'articles choisis dont deux inédits), Tome I, 1922.djvu/125

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MON ENCRIER

l’égard de Montréal, d’une jalousie féroce et sournoise de parent pauvre.

« Tout ce qui vient de Nazareth est souillé. » Pour le Québecquois, tout ce qui vient de Montréal est maudit. Le Québecquois en veut à Montréal, d’abord, de n’être pas Québec. Il lui en veut ensuite d’être Montréal, c’est-à-dire une ville de six cent mille âmes, avec des industries, du commerce, de la richesse et de l’activité.

Avec son port, l’un des plus beaux du monde, avec ses immenses ressources naturelles, il n’en tenait qu’à Québec de grandir et de prospérer, de garder tout au moins un rang honorable parmi ses rivales d’hier. Elle a préféré croupir dans la paresse et le laisser-aller. Après trois cents ans d’existence elle est aujourd’hui, par la population, la septième ou huitième ville du pays, demain elle en sera la vingtième. Voyez les statistiques : tandis que pas une autre ville de la province ne prenait une augmentation de moins de 25 à 50 pour cent durant les dix dernières années, Québec, le grand Québec, marquait bravement neuf pour cent, — un record.

« Ville unique sur ce continent », ils ont bien raison de le dire. Partout ailleurs, au Canada non moins qu’aux États-Unis, on voit chaque jour des entreprises nouvelles, des industries qui se fondent, des gens qui travaillent. N’allez pas parler de travail à un Québecquois, vous l’insulte-