Page:Fournier - Mon encrier (recueil posthume d'études et d'articles choisis dont deux inédits), Tome I, 1922.djvu/126

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QUÉBECQUOIS

riez. N’a-t-il pas, du reste, son industrie bien à lui, et que vous ne trouverez nulle part ailleurs : l’exploitation méthodique du gouvernement et des étrangers ?

Tous ronds-de-cuir, aubergistes ou cochers, tous et toujours à l’affût d’une course à faire ou d’un pourboire à gagner, tous guettant le client comme un chasseur le gibier. Race particulièrement répugnante de parasites, de sangsues, partout ailleurs mourante, si ce n’est peut-être en quelques coins reculés de la Calabre ou de la Sicile…

Tel quel, croiriez-vous que le Québecquois s’admire et se complaît sincèrement en lui-même ?

Il a réponse d’avance à tous les reproches que vous lui pourriez adresser. Si son port est vide, c’est la faute aux compagnies de navigation qui le persécutent. S’il n’a pas d’industries, c’est que le temps n’est pas encore venu… « Mais vous verrez, dans dix ans. » Si les affaires chez lui sont dans le marasme, c’est qu’il a reçu de la Providence « le dépôt sacré de l’idéal français sur cette terre d’Amérique », et qu’il a bien plus important à faire que de gagner de l’argent.

Même dans le domaine économique, il n’est pas toujours bien sûr que son infériorité soit aussi indiscutable que le disent les voyageurs. Qu’il se bâtisse à un moment donné trois maisons en même temps dans la ville, et vous n’aurez qu’à