Page:Fournier - Mon encrier (recueil posthume d'études et d'articles choisis dont deux inédits), Tome I, 1922.djvu/167

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
152
MON ENCRIER

voulez bien, dans sa campagne. Pour nous faire une idée, cette fois, de ce que j’appelais il y a un instant « son autre manière », nous n’avons pas besoin d’aller fort loin.

Dès le 8 février, en effet, c’est-à-dire moins de trois semaines après sa conférence, nous le voyons, quittant la route sûre qu’il avait suivie jusque-là, s’engager brusquement dans un nouveau sentier. Non content, semble-t-il, de sa première argumentation, si complète, si décisive, il la reprend, il y ajoute, il la pousse plus avant encore, avec ce résultat que, loin de la fortifier, il l’affaiblit et en compromet sensiblement l’effet.

Faut-il rappeler ici cette thèse fameuse, si longuement et si péniblement soutenue, sur le sens de l’auxiliaire may dans le projet de loi navale ? — « En temps critique », disait le texte soumis par M. Laurier, « le gouverneur-en-conseil peut (may) mettre la marine » à la disposition de l’Angleterre (article 18). C’est à ce may que M. Bourassa, corrigeant son premier exposé, avait tout soudain jugé bon de s’en prendre, — ce may qui selon lui maintenant voulait dire shall et qui, en cas de guerre, devait, non pas donner à nos gouvernants le pouvoir de joindre notre flotte à celle de la métropole, mais bien leur en imposer l’obligation.

Pourquoi ce nouveau point de vue dans le débat, et tout d’abord que pouvait-il laisser aperce-