Page:Fournier - Mon encrier (recueil posthume d'études et d'articles choisis dont deux inédits), Tome I, 1922.djvu/31

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MON ENCRIER.

la table à leurs bouches, leurs lèvres s’ouvrent et se referment. Ils mangent !

Le garçon m’a même affirmé qu’il leur arrive de prononcer quelques paroles.

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Entre les repas, vous les trouvez sur le pont.

Ils se promènent quelquefois, seuls, ou deux par deux. Le garçon a raison : ils parlent ! J’en ai épié un, ce matin, au fumoir : après une heure d’attente patiente, j’ai entendu qu’il disait à son voisin : Well… Mais, je ne sais de quoi cela dépend, il a fait aussitôt une grimace affreuse, comme s’il se fût, par exemple, arraché une dent.

Le fait de marcher paraît constituer aussi pour eux, quoique à un moindre degré, une opération douloureuse. Chacun de leur pas semble calculé et l’on croirait qu’ils ne posent jamais leurs pieds qu’avec une extrême précaution. C’est probablement pourquoi, la plupart du temps, ils restent assis sur le pont. Là, tandis que les uns lisent, les autres boivent du chicken broth ou dévorent méthodiquement des sandwiches ; ou bien encore, ils s’absorbent, des heures durant, dans une muette contemplation des flots…

Même jour encore.

Tout à l’heure, je suis allé dire adieu à ma