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LA STATUE DE MERCIER

il n’y a qu’un homme de chez nous qui puisse le comprendre, ou tout au moins le ressentir.

Pour comprendre et pour ressentir le magnétisme de ce nom, le prestige singulier de cette figure ou, si vous le préférez, de cette légende, il faut être né et avoir grandi au Canada. Il faut avoir entendu, d’aussi longtemps qu’on se souvienne, les gens de toutes les classes : ouvriers, industriels, hommes de négoce, paysans, parler de Mercier avec tendresse et presque avec idolâtrie. Il faut connaître ce moment tragique de notre histoire où Mercier se fit l’écho de nous tous, où il fut la conscience même de la nation. Il faut savoir combien il nous aimait ; quelles ambitions il avait formées pour nous ; comme son âme était large et son esprit élevé. Il faut se rappeler la fin déchirante de sa carrière ; le calvaire où il expia si durement ses fautes ; la détresse qui noya nos cœurs quand il mourut… Il faut évoquer, tels que nous avons accoutumé de les voir depuis vingt-cinq ans, sous leur aspect pour ainsi dire familier, tous les traits de cette physionomie de charme et de force à la fois, où la race avait toujours aimé à se reconnaître, et que la douleur, sur la fin, avait marquée de son empreinte touchante. Il faut songer, enfin, au souvenir fidèle que le peuple lui garde, non-seulement à Montréal, où il reçoit sur sa tombe, seize ans après sa mort,