Page:Fournier - Mon encrier (recueil posthume d'études et d'articles choisis dont deux inédits), Tome I, 1922.djvu/49

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MON ENCRIER

la campagne où il était né, les écoles de beaux-arts ne foisonnent pas, et il n’avait encore appris, en se fiant à son seul instinct, qu’à reproduire plus ou moins péniblement dans le bois l’image des fleurs, des arbres ou des bêtes qu’il avait sous les yeux. Cependant, après avoir suivi pendant dix-huit mois les cours du Monument National, il partait pour Paris, où il décrochait d’emblée, moins de deux ans plus tard, une mention au Salon pour son groupe des Indiens chassant de l’arc, dont Péladan pouvait écrire dans la Revue hebdomadaire, à la même époque, que rien de plus fort ne s’était encore vu dans les expositions d’art depuis nombre d’années. Ceci se passait en 1904 ; deux ans après il présentait au Salon sa Travailleuse canadienne, pour laquelle le jury, presque à l’unanimité, lui votait une médaille, et qui, entre les 2,000 envois de cette année-là, sut fixer l’attention de tous les connaisseurs.

Or, Laliberté restait à Paris un étranger. Il était pauvre, pauvre souvent à n’avoir pas de quoi à manger, et Dieu seul sait les souffrances qu’il endura durant ces cinq ans d’études dans la grande ville. Il n’avait là-bas, pour l’aider, ni coteries, ni influences, ni relations. Il n’avait que son talent d’artiste et son labeur acharné.

M. Chevré, de son côté, après vingt ans de Salon, parvenait enfin, l’an dernier, lui qui est