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SOUVENIRS D’UN PAGE.

province, le maréchal imagina de faire ferrer ses chevaux avec des fers d’argent attachés simplement avec des clous ; et défense était faite aux valets de ramasser ceux qui pourraient se détacher. Le maréchal de Richelieu fut le vrai modèle des grands seigneurs par cette noblesse et cette magnificence qui conviennent à une grande fortune ; il leur donna cet exemple, comme celui de l’amabilité et des grâces.

C’était son fils qui, quoique plus décrépit que son père, remplissait les devoirs de sa charge. Ses débauches en avaient fait un cadavre ambulant ; la corruption s’exhalait de ses lèvres livides ; il ne marchait, ou plutôt il ne se traînait qu’avec peine et à l’aide d’une canne. Avec un physique aussi repoussant et un caractère irascible à l’extrême, il avait néanmoins épousé la jolie demoiselle de Galliffet dont il avait deux filles. Il ne tarda point à suivre son père au tombeau. Je crois qu’il mourut en 1792 ; au moins fit-il encore son service en cette année.

Le vieux maréchal portait ses regards avec plus de complaisance sur son petit-fils, le comte de Chinon, fruit du premier mariage du duc de Fronsac avec mademoiselle de Saisfield[1]. Il avait hérité des grâces

  1. Nous reproduisons fidèlement le texte, bien qu’il présente ici une assez grave inexactitude. La première femme du duc de Fronsac fut Adélaïde-Gabrielle de Hautefort, qu’il épousa le 25 février 1764, et qui mourut le 3 février 1767. De ce mariage naquit, le 25 septembre 1766, le comte de Chinon, depuis duc de Richelieu. Le second mariage du duc de Fronsac, avec mademoiselle de Galliffet, eut lieu au