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LA REINE.

comme un grand chêne, dans une forêt, s’élève au-dessus des arbres qui l’environnent. » Il parait qu’à cette époque elle prenait cette démarche un peu fière, pour confondre les calomniateurs audacieux qui avaient voulu la compromettre dans une procédure odieuse, et la faire passer pour complice d’une infâme escroquerie.

La reine avait la chevelure très-belle, et d’un blond très-agréable qui donna son nom, il y a trente ans, à une nuance fort à la mode. Son nez, un peu aquilin, lui donnait une physionomie noble et majestueuse. On dit, en effet, que cette coupe de nez accuse un grand caractère et un esprit ferme, courageux et entreprenant. D’une taille un peu forte, la reine n’était jamais mieux habillée que dans sa toilette du matin. Mais tous les agréments qui la rendaient une des personnes les plus attrayantes de son temps, s’effacèrent bientôt ; et, dès l’année 1791, à trente-six ans, cette princesse infortunée, abreuvée de chagrins, avait les cheveux tout gris, et avait considérablement maigri. C’est ce qui m’a fait croire à la ressemblance d’un de ses portraits, esquissé peu de jours avant sa mort, et qui la présentait, à trente-neuf ans, dans un véritable état de vieillesse et de décrépitude. Il est vrai que, du premier trône de l’univers à la misérable prison où elle passa les trois derniers mois de sa triste vie, la chute était épouvantable ; que, des voitures somptueuses qui l’attendaient à Strasbourg à l’affreux tombereau qui la conduisit à l’échafaud, la transition était ef-