Page:Francisco de Miranda - Le général Miranda à la Représentation nationale, 1795.djvu/10

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D’abord, je demande en vertu de quelle loi, on m’accorde le titre de Citoyen Français, quand il s’agit de faire peſer ſur ma tête les engagemens ſacrés qu’il renferme ; &, lorſqu’on a reconnu que je les ai remplis avec exactitude, & qu’il s’agit de me perſécuter, on m’en dépouille pour y ſubſtituer celui d’étranger. Ne ſerai-je donc François que pour en remplir ici devoirs ; & puis je ceſſer de l’être, quand il s’agit d’en réclamer les droits ? — Enfin, mes devoirs envers la nation françoiſe ne pouvant naître que d’un contrat légitime, voyons quelle peut être la nature de ce contrat.

Je me ſuis engagé, par un ſerment, à ſervir la république, ſelon toute l’étendue de mes faibles connoiſſances, & à défendre ſes intérêts même au péril de ma propre vie. — Elle m’a promis, par une ſtipulation formelle, de payer mes ſervices du double tribut de l’eſtime, & d’un émolument honorable, — Ai-je rempli fidèlement ces engagemens ? Un tribunal & deux comités de la Convention l’ont ainſi déclaré unaniment.

Et quelle récompenſe m’a-t-on offert ? Une perſécution atroce depuis vingt deux mois, & un long & cruel empriſonnement par meſure de ſureté générale, & ſans cauſe, envers un homme qui a bien mérité de la patrie ! — Cela peut paroître incroyable ; rien n’eſt cependant plus exact.

S’il étoit vrai que le ſuccès de la liberté publique tint à la, perte de ma liberté perſonnelle, les ſacrifices que je lui ai déjà faits, prouvent que je ſerois encore capable de ce nouveau dévouement ; mais, comme le ſimple bon ſens dit aſſez que cette prétendue priſon d’état, n’eſt que le prétexte d’une perſécution, je me permettrai de la réfuter par la plus grave ainſi que la plus ſaine des autorités en démocratie. C’eſt J. J. Rouſſeau, qui parle.

« Il ne faut pas croire que l’on puiſſe offenſer ou couper un bras, que la douleur ne s’en porte à la tête ; & il n’eſt