Page:Francisco de Miranda - Le général Miranda à la Représentation nationale, 1795.djvu/9

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de crime, de peur peut-être, que je n’acquière la facilité d’en trouver à d’autres, Puiſqu’ou me prive de la faveur d’une accuſation pour m’enlever la gloire d’une juſtification, je cède à la main invifible d’une tyrannie Indéfiniſſable.

Mais il ne ſera pas dit que je la rendrai inutile à la République françoiſe. Il faut qu’elle ſache que la tyrannie vit encore, puiſque je ſuis dans les fers, ſans accuſation, ſans motif, & avec l’aveu qu’il n’exiſte aucune charge contre moi. Il faut que les François échappés des cent mille Baſtilles de la tyrannie décemvirale, apprennent que ces Baſtilles les y attendent, qu’elles ſont prêtes à ſe rouvrir pour eux, s’il ſe peut qu’un homme juſte y fait encore arbitrairement incarcéré. Il faut qu’ils apprennent que le poids de mes chaînes pèſe autant ſur eux que ſur moi. Qu’enfn, tout le corps ſocial eſt attaqué, s’il y a un innocent illégalement détenu dans les fers.

L’exécrable maxime des Couthon & Robeſpierre, que l’intérêt individuel doit ſe ſacrifier à l’intérêt public, eſt l’inſtrument fatal avec lequel ils ſont parvenus à établir la tyrannie. C’eſt l’axiome infernal avec lequel les Tibère & les Philippe II, de Caſtille, étoient parvenus avant eux à aſſervir & outrager la plus grande partie de l’espèce humaine. — J’ai appris auſſi que certains membres du comité de sûreté générale, au défaut de cauſes légitimes, avoient donné pour motifs de ma détention, une pareille doctrine qu’ils appellent politique & qu’ils prétendent appuyer ſur ma qualité d’étranger[1].

  1. Un habitant de Caracas & de Lima n’eſt pas plus Eſpagnol, de quelque manière qu’on, le conſidère, qu’un habitant du Connecticut ou de Boſton n’eſt Anglais.