Page:Francisco de Miranda - Le général Miranda à la Représentation nationale, 1795.djvu/11

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
(11)

pas plus croyable que la volonté générale conſente qu’un membre de l’Etat, quel qu’il ſoit, en bleſſe ou détruiſe un autre, qu’il ne l’eſt, que les doigts d’un homme, uſant de ſa raiſon, aillent lui crever les yeux. La sûreté particulière eſt tellement lié avoc la confédération publique, que ſans les égards que l’on doit à la ſoibllaisse humnaine, cette convention ſeroit diſſoute par le droit, s’il périſſoit dans l’Etat un ſeul citoyen qu’on eut pû fecourir, ſi l'on se retenoit à tort un feul en priſon, & s’il ſe perdoit un ſeul procès avec une injuſtice évidente ; car, les conventions fondamentales étant enfreintes, on ne voit plus quel droit ni quel intérêt pourroit maintenir le peuple dans l’union ſociale, à moins qu’il n’y fût retenu par la ſeule force, qui fait la diſſolution de l’état civil.

En effet, l’engagement du corps de la Nation, n’eſt-il pas de pourvoir à la confervation du dernier de ſes membres, avec autant de foin qu’à celle de tous les autres ? Et le ſalut d’un citoyen eſt-il moins la cauſe commune que celui de tout l’Etat ? Qu'on nous diſe qu'il eſt bon qu’un ſeul périſſe pour tous, j’admirerai cette entence dans la bouche d’un digne & vertueux Patriote, qui ſe conſacre volontairement à la mort, pour le ſalut de ſon pays : mais ſi l’on entend qu’il ſoit permis au Gouvernement de ſacrifier un inocent au ſalut de la multitude, je tiens cette maxime pour une des plus exécrables que jamais la tyrannie ait inventée, la plus fauſſe qu’on puiſſe avancer, la plus dangereuſe qu’on puiſſe admettre, & la plus dirctement oppoſée aux loix fondamentales de la ſociété. Loin qu’un ſeul doive périr pour tous, tous ont engagé leurs biens & leurs vies à la défenſe de chacun d’eux, afin que la foibleſſe particulière fut toujours protégée par la force publique, & chaque membre par tout l’Etat. Après avoir, par supposi-