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LE DÉFRICHEUR

portes. J’ai parcouru les bureaux de tous les avocats marquants, ne demandant rien de plus en échange de mes services que ma nourriture et le logement ; partout on m’a répondu que le nombre des clercs était déjà plus que suffisant. J’ai visité les bureaux des cours de justice et ceux de l’enrégistrement : même réponse. Hier j’ai parcouru tous les établissements d’imprimerie, m’offrant comme correcteur d’épreuves, mais sans obtenir plus de succès.

« Invariablement, chaque matin, je pars de ma maison de pension, et m’achemine vers les rues principales dans l’espoir d’y découvrir quelque chose à faire.

« Souvent je me rends jusqu’à la porte d’une maison où je me propose d’entrer, mais la timidité me fait remettre au lendemain, puis du lendemain à un autre jour jusqu’à ce que je finisse par renoncer tout-à-fait à ma démarche.

« J’ai été jusqu’à m’offrir comme instituteur dans une campagne des environs, sans pouvoir être accepté à cause de ma jeunesse et de mon état de célibataire.

« Je passe des journées à chercher, et le soir je rentre chez moi la tristesse dans le cœur. Parmi ceux à qui je m’adresse, les uns me répondent froidement qu’ils n’ont besoin de personne, les autres me demandent mon nom et mon adresse, les plus compatissants laissent échapper quelques mots de sympathie. Mais je suis à peine sorti qu’on ne pense plus à moi. Ah ! je me suis dit souvent qu’il n’est pas de travail plus pénible que celui de chercher du travail. Un ingénieux écrivain a fait un livre fort amusant intitulé : Jérôme Paturot à la recherche d’une position