Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/101

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— Si ! elle a tenté l’impossible. Elle a prétendu m’expliquer cette correspondance, elle m’a dit… Eh ! sais-je ce qu’elle m’a dit ? des mensonges, des absurdités, des infamies.

L’avocat avait achevé de ramasser les lettres, sans s’apercevoir du vol. Il les lia soigneusement et les replaça dans le tiroir secret de son bureau.

— Oui, continua-t-il en se levant et en arpentant son bureau comme si le mouvement eût pu calmer sa colère, oui, elle a entrepris de me donner le change. Comme c’était aisé, avec les preuves que je tiens ! C’est qu’elle adore son fils, et à l’idée qu’il pouvait être forcé de me restituer ce qu’il m’a volé, son cœur se brisait. Et moi, imbécile, sot, lâche, qui dans le premier moment avais presque envie de ne lui parler de rien, je me disais : « Il faut pardonner, elle m’a aimé, après tout. » Aimé ! non. Elle me verrait souffrir les plus horribles tortures sans verser une larme, pour empêcher un seul cheveu de tomber de la tête de son fils.

— Elle a probablement averti le comte, objecta le père Tabaret, poursuivant son idée.

— C’est possible. Sa démarche, en ce cas, aura été inutile ; le comte est absent de Paris depuis plus d’un mois et on ne l’attend guère qu’à la fin de la semaine.

— Comment savez-vous cela ?

— J’ai voulu voir le comte mon père, lui parler…