Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/102

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— Vous ?

— Moi. Pensez-vous donc que je ne réclamerai pas ? Vous imaginez-vous que, volé, dépouillé, trahi, je n’élèverai pas la voix ? Quelle considération m’engagerait donc à me taire ? qui ai-je à ménager ? J’ai des droits, je les ferai valoir. Que trouvez-vous à cela de surprenant ?

— Rien certainement, mon ami. Ainsi donc vous êtes allé chez M. de Commarin ?

— Oh ! je ne m’y suis pas résolu immédiatement, continua Noël. Ma découverte m’avait fait presque perdre la tête. J’avais besoin de réfléchir. Mille sentiments divers et opposés m’agitaient. Je voulais et je ne voulais pas, la fureur m’aveuglait et je manquais de courage ; j’étais indécis, flottant, égaré. Le bruit que peut causer cette affaire m’épouvantait. Je désirais, je désire mon nom, cela est certain. Mais, à la veille de le reprendre, je ne voudrais pas le salir. Je cherchais un moyen de tout concilier à bas bruit, sans scandale.

— Enfin, vous vous êtes décidé ?

— Oui. Après quinze jours de luttes et de déchirements, après quinze jours d’angoisses. Ah ! que j’ai souffert tout ce temps ! J’avais abandonné toutes mes affaires, rompu avec le travail. Le jour, par des courses insensées, je cherchais à briser mon corps espérant arriver au sommeil par la fatigue. Efforts